Vaincre la peur de la chute

Par Tristan, le .

Tristan tombe dans une voie

La peur du vol en escalade.

Il y aurait énormément à dire sur ce sujet. Dans cet article, je reprends les points clés qui structurent souvent les cours de coaching (Vaincre sa peur de la chute, etc.) que je dispense. Même s’il n’y a évidemment pas de formule magique pour faire disparaître les peurs, j’essaie ici de résumer les grandes lignes de la méthodologie qui m’a permis de faire progresser de nombreux grimpeurs grâce à un travail psychologique sur soi-même passant par des exercices et des expériences réelles.

Tristan chute Goteron

La peur : mauvaise conseillère et frein à la progression

Ne pas accepter la chute en escalade, s’interdire de tomber revient à se brider, à se limiter, à ne réaliser que les mouvements que l’on se sait entièrement capable d’exécuter sans laisser de place à l’incertitude. Autrement dit, si je fais partie des « grimpeurs qui ne tombent pas », je n’effectuerai le prochain mouvement qu’à la condition d’être certain de l’accomplir. 

Cela présente un énorme frein à la progression car, dans ces conditions, il est impossible de grimper à 100 % de ses capacités et donc de repousser ses limites. Mais en plus de limiter notre progression, la peur peut réellement nous gâcher le plaisir de grimper en prenant le pas sur les autres émotions qui nous font tant aimer l’escalade (satisfaction, joie, dépassement de soi…)

L’origine de la peur.

Avoir peur de tomber est quelque chose de complètement naturel chez l’humain puisque la chute est généralement synonyme de blessure … ou pire encore. 

La peur du vide (et a fortiori celle de la chute) fait partie de notre instinct de survie : puisqu’il y a un danger potentiel, le cerveau produit de la peur pour nous en éloigner. 

Cependant, en escalade sportive nous utilisons des cordes dynamiques et des systèmes d’assurage qui rendent la chute « safe », dès lors que l’on respecte les règles de sécurité (voir page apprendre à grimper en tête). 

En escalade sportive, la chute fait partie du jeu et on ne peut pas progresser efficacement sans tomber. Ceux qui refusent de tomber resteront des « éternels débutants » ou du moins resteront bridés à un stade inférieur à leurs capacités réelles.

Différence entre peur et danger

La première clé pour combattre la peur de la chute est de s’efforcer de faire la différence entre peur et danger. 

Il arrive parfois qu’une chute représente un risque réel de se blesser. Si la chute est potentiellement dangereuse (à cause d’un possible retour au sol, si le mousqueton de la dégaine est mal clippé ou que la plaquette est complètement rouillée…), alors la peur est rationnelle ! Il faut dans ce cas éviter la chute par les moyens qui correspondent à la situation (dégrimper, se sécuriser sur un ancrage…).

Mais la plupart du temps, une chute bien assurée ne comporte aucun risque : il est donc irrationnel d’avoir peur s’il n’y a pas de danger potentiel. Et pourtant…la peur demeure.

La clé de voûte de la maitrise des émotions est de rationaliser pour ne pas se laisser submerger, de rester calme (impliquant de penser de manière factuelle), de se convaincre qu’il n’y a pas de danger. Facile à dire, difficile à faire…

Emotionnel et rationnel

N’en déplaise à ceux qui se considèrent comme étant des êtres rationnels, l’humain est éminemment émotionnel. Et si l’émotion est naturelle, son contrôle demande du travail.

La peur étant une émotion, il s’agit de la dompter en s’y confrontant, car il est bien connu que ce qui génère le maximum de peur c’est l’inconnu. Ainsi, en fait  on a davantage peur « d’une idée qu’on se fait » de la chute que de la chute elle même. On a souvent tendance à dramatiser la chute (« je vais mourir ! ») pour ensuite, après la chute, se dire : « en fait, ça va… ! ».

Pour dire les choses simplement : pour combattre la peur du vol, il faut voler !

Peur et caractère personnel 

Avant même de passer à des exercices pratiques, il faut que le contexte s’y prête. Avez-vous déjà remarqué que l’on grimpe comme on est ? Notre manière de grimper dépend beaucoup de notre caractère et de notre façon d’être. Nous avons des façons différentes d’affronter les difficultés de la vie et cela peut se ressentir dans notre escalade. 

La peur de l’échec, le refus de perdre le contrôle, de ne pas maitriser la situation, la honte du regard de l’autre, le manque de confiance en soi, le manque de confiance en l’autre…peuvent être autant de traits de caractère et d’émotion qui réapparaissent dans notre escalade, souvent de manière inconsciente. 

C’est un point central que l’on aborde généralement dans les cours de coaching et qui demande une grande honnêteté avec soi-même. 

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Contexte et ressenti

Mais quand je dis qu’on « grimpe tel qu’on est », je fais aussi référence à la manière dont on se sent sur le moment. Autrement dit, je grimperai bien mieux et avec un esprit libre de toute peur si j’ai une belle vision de moi-même, si je me sens en forme, si je passe un bon moment, si j’ai confiance en moi. C’est quand je me sens bien que je me sens pousser des ailes…

Il est donc fondamental que la recherche de la progression soit associée au plaisir ! Si grimper s’apparente à de la frustration et de la déception, c’est une impasse…

Dans la mesure du possible, il est donc important de ne pas se stresser, de penser positivement. Chaque progrès, même petit, est un progrès. Prendre conscience d’un défaut, c’est déjà un progrès.

L’assureur : le partenaire de progression

Par ailleurs, un élément contextuel majeur doit être pris en compte : l’assureur ! Si vous ne faites pas pleinement confiance à votre assureur, il est strictement impossible de progresser mentalement. 

Vaincre sa peur de la chute signifie cesser de penser à la chute pour ne se concentrer que sur l’escalade, les mouvements. Si je doute de mon assureur ou que je le surveille, je ne peux donc pas être complètement concentré sur mon escalade.

Si la relation avec votre assureur soulève des problèmes d’ordre émotionnel (conflits de couple, communication agressive, manque d’empathie…), alors il est très difficile de grimper de manière sereine.

Les encouragements (ponctuels !) de l’assureur peuvent réellement créer un déclic de confiance (« vas-y, ça ne craint rien ») et donner le coup de boost nécessaire au moment de faire un pas difficile ou aléatoire.

Pour rationaliser et faire la différence entre peur et danger, il est impératif d’avoir toute confiance en son assureur et dans le matériel (corde, dégaine, ancrage). Cette indispensable confiance dans le matériel est si évidente qu’on ne va pas s’attarder sur le sujet.

Mise en pratique

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas de formule magique mais pour apprendre à tomber, il faut tomber ! Il s’agit d’abord de se familiariser à prendre des vols en commençant par des petites chutes (au niveau de la dégaine) contrôlées pour ensuite tomber d’un peu plus haut, puis plus haut…  

Dans un deuxième temps, on travaille les chutes non contrôlées, en condition réelle. Il faut d’abord accepter de faire un contrat avec son assureur : « je vais grimper jusqu’à enchainer ou tomber, je ne dirai pas sec et tu ne me prendras pas sec ». Le simple fait de le verbaliser et de faire un contrat avec son binôme aide à une certaine acceptation de la chute.

L’évolution de notre manière de grimper change la vision que l’on a de soi-même et de ce dont on est capable d’accomplir. En me focalisant sur l’aspect mental de l’escalade, je peux comprendre beaucoup de choses sur ma manière d’être et de fonctionner. 

Je ne pense vraiment pas exagérer en disant que progresser dans son escalade peut permettre d’évoluer dans sa connaissance et maîtrise de soi et donc de progresser dans la vie.

Comme pour beaucoup de choses, les résultats d’un tel travail sur soi-même dépendent surtout de la motivation et de l’effort qu’on est prêt à effectuer, du travail que cela demande d’une part, et de qui nous accompagne d’autre part. Il est bien plus facile de sortir « de la zone de confort » quand on est bien entouré, accompagné, et qu’on se sent en sécurité.